C'est moi qui l'ai faaaaaaaaaaaaait ^^
Gala au sommet
La fête organisée dans la résidence familiale des Von Der Woodsen, l'ancienne cure, commençait à peine. Le premier détail qui saute aux yeux à propos de l'ancienne cure, c'est qu'elle n'a rien d'ancien.
La jeune maîtresse de maison, Sereana, le cou orné de plus de diamants que tout un tapis rouge de starlettes, était occupée à se plaindre à ses amis de son mal au poignet du fait qu'elle avait écrit chacune de ses invitations à la main, car écrire ses invitations à la main, c'est tendance. Quand on a réchappé à la peine à perpétuité, d'écrire le manoir–d'Ashby-sous-Sleighthomale-le-bas chaque fois qu'on envoie un courrier, il n'y a pas lieu de se plaindre.
Serena était une jeune femme de petite taille (petite taille soit dit en passant largement compensé par douze centimètre de talons), le teint si blanc qu'il en était rose (ce qu'on ne pouvait évidemment déceler à l'½il nue sous trois couches de fond de teint), ses cheveux ondulés couleur blond sale lui tombaient sur les épaules, lui donnant l'allure d'un lévrier afghan oublié dehors par temps pluvieux. Serena était de cette condition social où tout le monde pouvait évidemment se payer une villa à Los Angeles mais préférait apparemment s'entasser à dix-huit dans un loft à Soho. Elle parlait français par intermittence, maîtrisant parfaitement l'usage des mots « moi » et « très » et savait, disait-elle, reconnaître une journée qui s'annonçait comme un pur gaspillage de make-up. La jeune femme avait passé la journée à se demander si elle mettait sa robe noire ou sa jupe noire avec son tailleur noir, mais s'était finalement décidé à mettre une robe rouge. Car le rouge est le nouveau noir.
Ce genre de soirée étaient très fréquentés dans ce milieu, où la gente féminine ne perdait pas la moindre occasion de partir à la recherche du mari potentiel. Le décret étant que ce qui importe le plus avec les maris, c'est d'en avoir un. En effet, à chaque apparition d'un de ces spécimens, elles cessaient complètement de parler pour détendre les muscles de leur visage. Une de ces chanceuses – ayant réussi à dénicher la perle rare italienne (autrement dit un mari disposant déjà d'un compte en banque à plus de huit chiffres dès sa naissance) – venait justement d'arriver et expliquait déjà aux jeunes femmes présentes dans la pièce, que, plus le diamant est gros, plus la relation à des chances de durer. Ces dernières l'écoutaient avidement, les oreilles grandes ouvertes histoire de ne pas perdre un seul mot de ces précieux renseignements. Si seulement ce genre de détails était mentionné dans les manuels scolaires, les étudiantes manifesteraient bien plus d'intérêt pour l'histoire de l'unification Italienne.
Le salon de réception commençait à se remplir, on assistait maintenant à un dîner des plus branchés, où ils étaient tous descendants d'un Rolling Stone ou d'un Mama and Papa.
De petits groupes se formaient partout dans la pièce, on y parlait de sujets des plus importants comme pourquoi telle ou telle fille avait opté pour du gloss mauve et non du rose, qui faisait la une de vogue cette semaine ou bien encore pourquoi les bottes en daim étaient moins ringardes que celle en croco alors que ces dernières valaient trois fois plus cher. Toutes parlaient en souriant, se donnant l'air de la-plus-heureuse-du-monde, la bouche grande ouverte, d'une voix forte et aiguë qui se voulait féminine, mais le résultat obtenu se rapprochait plus du cri d'un mainate atteint d'une rage de dents que d'autre chose.
A New York, tout le monde trouve tout absolument « faaabuleux » alors qu'ils sont tous sous anti-dépresseur.
D'autres filles, rétrogradées à moindre importance pour cause de célibat prolongé, de quelques kilos au dessus de la moyenne tolérée, où ayant été surprise portant du Sonia Rykiel de la saison passée, étaient reculées dans un coin du salon, et perchées sur leurs talons aiguilles, telles des faucons aux aguets sur une frêle branche d'olivier, jetaient des coups d'½il furtifs de tous côtés, médisant chacun des invités présents. Elles s'attardaient sur certains d'entre eux, observant sous toutes les coutures leurs tenues et trouvant ce serre-tête trop rose, ces chaussures trop vernis et ce jupon trop ... trop. Les jeunes femmes se divertissaient à ce petit jeu des plus futiles consistant à établir le classement des invités selon leur tenue vestimentaire. Car il y a robe qui tue et robe qui tue, et certaines tuent tellement qu'elles sont purement et simplement criminelles. Ceci étant, le petit groupe avait déjà classé la soirée comme étant un pur gâchis de haute couture parisienne. Pourtant, la plupart des filles avaient pour l'occasion participé aux ventes privées les plus courues, qui sont des lieux truffés de dangers, en comparaison la bande de Gaza à l'air pépère. Olivia Waldorf, qui fit jadis partie de ce petit comité, en avait été rejetée pour s'être pavanée avec un diamant -gros comme une fraise- à l'annulaire. Mais elle se disait qu'elles se réconcilieraient, car un jour où l'autre l'une d'entre elles voudra sûrement lui réemprunter son tailleur Versace.
L'hôtesse de maison -à qui on ne prêtait pas plus d'attention qu'à un morceau de blini resté sur le bord d'une assiette au cirque- se faisait du mauvais sang à l'idée que des gens puissent ne voir en elle qu'une princesse de Park Avenue obsédée par son nombril et totalement indifférente à ce qui se passe en Israël ou en dessous de la 72e rue. La jeune femme faisait les cent pas dans l'entrée avec autant d'assurance que Chelsea Clinton avant qu'elle ne découvre l'existence du fer à lisser les cheveux, adressant par ci par là quelques sourires niais par pure politesse. Et avec une grâce qui n'aurait pas désavoué Courtney Love, elle s'affairait à plier les serviettes de cocktail avec lesquelles on aurait pu se trancher la gorge tellement elles étaient acérés.
A l'intérieur, la fête battait son plein, si bien que dans l'entrée l'attroupement des invités formait une congestion bien pire que les embouteillages à l'échangeur du New Jersey à l'heure de pointe.
Au milieu de la pièce, la génération passée (autrement dit les femmes de plus de quarante ans) était assise sur un canapé -si vétuste qu'il aurait pu faire le sujet d'un reportage sur la chaîne Histoire- et se racontait leurs dernières vacances aux Hampton avec un luxe de détails digne de Dickens. Elles avaient tellement forcé sur le Botox qu'elles semblaient embaumées et leur peau était tendue au point qu'on ne pouvait déceler la moindre once d'émotion sur leur visage momifié. Les vêtements qu'elles portaient étaient à la mode d'une année... indéterminée, si bien qu'elles avaient l'air de conservatrices. Ces dernières étaient tellement vieux jeu qu'on aurait pu les exposer au MET.
Une fille aux allures de Claude François, boudinée dans sa robe en satin, venait d'arriver et pleurait une rivière de larmes hystériques aussi grosses que des diamants Harry Wiston. Toutes les femmes présentes aux alentours venaient à sa rencontre, et lui demandaient ce qui n'allait pas :
al- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu pleures comme un sac Balenciaga qui a égaré son fermoir ! Demanda Serena.
al- Tiens, prend ce mouchoir en papier Versace. Ils font un bien fou ! Dit une jeune fille en lui tendant le précieux mouchoir.
al- Merci répondit la malheureuse, je suis complètement à côté de mes manolos en ce moment.
al- Oh ! Mais c'est l'apocalypse chérie ! S'exclama une autre fille si mince qu'elle devait certainement souffrir de rupturexie (maladie dont souffrent les filles après une rupture brutale et qui vous rend tellement anorexique que vous flottez dans du 32).
al- Tu ne saurais pas reconnaître une apocalypse à moins qu'elle ne porte une étiquette Gucci, constata un « mari potentiel » qui passait justement par là.
al- En fait je préfère Chanel répondit l'intéressée.
Olivia, entourée d'un nouveau groupe de discussion semblait parmi elles perdue comme une nouille chinoise dans un plat de lasagnes. Elles se plaisaient toutes à révéler les derniers potins et rumeurs en vogue. La rétention d'information, ça n'a jamais été leur truc.
La soirée touchait à sa fin et les jeunes aristocrates Américains -le sourire aux lèvres, une carte de crédit à la place du cerveau, et rien à la place du c½ur- repartait peu à peu dans leur appartement trop grand, des moulures à la place du ciel et des fenêtres en plaqué or en guise d'ouverture sur le monde. Sans oublier que, peut importe d'où vous êtes, ce qui compte le plus c'est d'être « de » quelque part.
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